Un silence. Des mots, des noms. Et des mains écorchées pour saisir les étoiles.
Un murmure. Juste un voeu. Une lune rouge qui se lève et vient s'emmêler dans ses yeux.
Le voila qui la saisit, le vent, son frère, son père, son amant, porteur de futur et chargé de secrets.
Le voila qui l'entraîne, s'en va voler par dessus les montagnes, rider l'eau calme qui s'endort, enlacer la douceur des nuages et s'y enrouler. Les fleurs s'envolent, s'éternisent à ses côtés et puis s'en vont pleuvoir sur les visages des enfants endormis contre les arbres aux feuilles d'argent.
Des ailes de plumes soyeuses, parfois noires comme la mort, parfois blanches comme l'étnernité.
Des yeux de guerre où sont perdues des larmes, des yeux d'enfant pour cacher des sourires, des yeux profonds comme l'océan, des yeux qu'elle ferme pour s'exiler.
Une musique, plus belle que toutes les paroles qui puissent exister, plus douce que toutes les voix qu'on puisse entendre, triste à pleurer, mais pleurer pour l'espoir qu'elle sème comme des grains de sable dorés, comme autant de notes colorées.
Un visage au travers de la nuit, un visage sans nom, sans âge. Il n'y a rien à dire, juste à écouter. La terre. Le vent. La vie, qui va, qui vient, comme la mer au loin.
Allongée à même le sol, trempée par la pluie, les mains salies et la robe déchirée, elle n'est plus là, elle n'est plus elle, elle sent seulement la terre en écho à son coeur et le vent la porter.
Ses yeux sont aveugles, mais ils voient ce qu'ils n'ont jamais distingué, une éternité parfaite, mais tellement fragile, un équilibre précaire pour le plus beau des édifices qu'il soit possible de créer, mais qu'un souffle seulement peut détruire, une vie comme on ne peut pas l'imaginer, seulement en sentir la sève dans nos veines, une parenthèse à au temps qui s'enfuit et revient indéfiniment, quelque chose qui n'existe qu'en rêve, si on y croit, et qui pourtant est là, qui vibre tout en n'existant pas.
Il n'y a rien à faire.
Juste ta main contre la mienne, juste un instant, et puis je m'en vais... J'aurais voulu rester, j'aurais voulu t'aimer, mais tu vois, c'est plus fort que moi, ici mon coeur est trop serré. Non, ne dis rien, sinon je vais pleurer. Ecoute seulement écoute moi, écoute mon silence et ne fais rien d'autre, ne fais rien pour me sauver, je sais qu'ici se séparent nos chemins, mais tu sais ce n'est pas pour toujours. On a chacun notre monde, mais ils ne sont pas si loins, un jour, demain, je reviendrais. J'aurais vraiment voulu qu'il en soit autrement, mais le temps se joue de mes errances, vois-tu, il s'en amuse, il me tourmente, et je ne peux rester plus longtemps. Laisse tes doigts juste posés sur les miens, comme ça, ne les referme pas, tu le sais, que tu ne peux pas me retenir. Malgré les flammes dans mes yeux, tu sais bien que je suis poussière, que je m'envole avec le vent. Tu sais, un jour j'ai rêvé de tout ça, mais en ce temps là, j'avais cru, espéré, que toi tu m'empêcherais de partir. Mais maintenant je sais, je vois, que la vie t'appelle à grands cris, et tu ne peux pas, non, tu ne peux pas tout changer pour moi. Si j'avais su tricher, si j'avais su mentir, alors ce soir je ne t'aurais rien dit, j'aurais souris, juste souris, pour que tu gardes une belle image de moi. Mais non, tu vois, je ne sais pas. Ferme les yeux, je t'en supplie, et souviens toi, souviens toi bien, que le jour où je reviendrais alors on pourra être amis. Souviens toi que si un jour tu veux que je revienne, alors murmure mon nom au creux de la nuit, il viendra jusqu'à moi. Je ne pars ni loin, ni près, je pars simplement, mais souviens toi, on est liés, à la vie à la mort, et pour l'éternité. J'aurais voulu te dire pourquoi je m'en vais, mais tu vois, il y a des choses qui ne s'expliquent pas, des sentiments sans mots, sans lois. Ta main, elle était douce, contre la mienne, et c'est avec tristesse que je la quitte, mais vois-tu, le vent m'entraîne, le vent de l'absence, le vent de l'indifférence... Vois-tu, déjà, je ne suis plus humaine, je suis les courants d'airs, les herbes battues dans la plaine, les murmure dans les branches des arbres, la chanson au coeur de la nuit...
Son petit coeur, prisonnier du destin, se serre et se déchire, strié de rouge, blessé comme seuls le sont les coeurs des enfants solitaires. Alors s'élève sa voix frêle, cassée, elle chante pour la vie qui s'échappe, s'écoule entre ses doigts comme les heures dans leur sablier, elle chante pour ceux qu'elle n'aura jamais la chance d'aimer comme elle le voudrait, elle chante pour couvrir les bruits des tôle froissée, des corps à l'agonie, des cris désespérés. Sa petite voix claire mais fragile résonne comme le chant d'un oiseau après une bataille, il laisse dans l'air une douce caresse et s'inscrit sur les portes fermées, sur les volets clos et les lèvres mordues, déchirées, comme autant de secondes d'éternité. Un instant les visages se rejoignent, les silhouettes s'enlacent dans une parenthèse au temps, le monde s'illumine comme pour un nouveau jour. Seule, elle offre tout ce qu'elle sait donner, pour, à défaut de voir son coeur réparé, tenter d'en garder quelques bouts en faisant rayonner les âmes assombries. Jusqu'à ce que les murmures se taisent, jusqu'à ce que les bombes implosent, jusqu'à ce que les souvenirs s'effacent, elle chante en laissant couler ses larmes au creux des notes pour leur donner un soupçon d'humanité, une sensibilité au dela des mots, une émotion au dela des pensées pour éveiller ne serait ce qu'un instant les coeurs de pierre.
Elle devrait être heureuse, tout va mieux, maintenant... Mais alors, que sont ces larmes qui ruissellent encore sur ces joues? Elle sourit, c'est vrai, mais elle tremble, elle a froid, ça ne devrait pas être comme ça. Elle doute encore, et ça la ronge, elle a peur d'être inutile, peur que les silences qui s'installent parfois veuillent dire qu'on l'abandonne. Elle s'en veut d'être comme ça, mais elle n'arrive pas à changer. Et elle n'ose pas parler, elle préfère se replier sur elle-même et se faire la morale, faire renaître un peu de courage en songeant à des mots, des phrases gravées dans son coeur. Et puis ça passe, ça reviendra un autre jour, mais elle espère que ce sera le plus tard possible.
Les mots ne sèchent pas les pleurs
Les mots ne réparent pas les cœurs
Le rêve s'endort, mais pas l'espoir...
C'est vieux, c'est une chanson de gamin, mais je m'en fous, je l'écoute, je souris et je pleure en même temps... En oubliant le féminin qui peut pourtant tout aussi bien servir pour moi, cette chanson me convient très bien...
Je te faisais confiance... Mais il semblerait que j'ai eu tort...
Ce que je t'avais confié... Et que tu avais promis que garderais pour toi... Tu as tout raconté...
On ne m'en a pas parlé, évidemment... Avant cet après-midi, où je suis tombée sur une conversation imprimée...
Chaque mot comme un poignard...
Et pourtant je n'ai pas pleuré... Je dois faire bonne figure...
Et pourtant non, je ne t'en voudrais pas...
C'est sur moi que va se reporter tout ça...
Encore une fois, j'ai voulu faire confiance... Encore une fois, on m'a trahie...
Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?
Pourquoi je ne suis pas comme les autres? Pourquoi tout le monde semble savoir comment il fait faire pour vivre, et que moi j'accumule les erreurs?
J'ai l'impression d'avoir volé en éclats... Comme si soudain on m'avait ouvert les yeux sur ce que j'ai toujours eu peur de voir...
Oh, bien, sur, c'est tellement facile de regagner ma confiance... Je m'accroche tellement à ceux que je considère comme mes amis... Tellement facile, mais ça ne sera plus comme avant... Et ça me désole...
J'ai tellement, tellement envie de pleurer... Mais à quoi ça servirait? Des larmes inutiles, sûrement... Ne les gaspillons, elles serviront sûrement en d'autre circonstances... Sûrement quand je te demanderais de m'expliquer...
Tu auras sûrement de bonnes raisons... Mais ça ne changera rien... Ce qui est fait est fait... Tu m'as menti...
Oh, sûrement que je passe pour une gamine capricieuse, puérile... Mais ça m'est égal...
J'en viens à redouter l'instant où tu te connecteras... C'est triste, je trouve...
Je voudrais parler, me confier, mais pas à toi... Tu n'es pas le seul à qui je fais confiance... Il reste encore quelqu'un... Mais je ne sais pas... Je ne sais pas s'il aura envie de m'écouter... Je ne lui demanderais pas... Mais j'espère que ça ne l'embêtera pas si je craque en parlant avec lui...
Le soleil le voile, la nuit tombe... A moins que ce ne soient les larmes que je retiens qui m'assombrissent la vue...
Tu sais, je n'ai même pas eu le temps de dire... Que je voulais me battre... Pour essayer de vivre... Que j'avais compris quelque chose... Mais... Tout est remis en question...
Non, je ne ferais rien... Juste pleurer, pleurer, ce soir quand tout sera éteind... Pleurer, et puis c'est tout...
Je voulais dire... Que non, je n'attendais rien de toi... Enfin, pas comme tu l'entendais dans cette conversation... On était amis... Enfin, je croyais...
C'est tout.
J'ai mal.
Et puis voila tout.
Je me résume en quelques lignes seulement...
Qu'est ce qui te forçait à parler avec moi comme tu le faisais? Tu aurais pu me dire d'aller voir ailleurs, ç'aurait peut-être mieux...
Et je ça me fait tellement mal d'écrire ces lignes contre toi... J'aurais jamais pensé qu'un jour ça arriverais...
D'un coup, y'a comme un précipice entre nous. Mais le plus dur, c'est de me dire qu'au fond ça ne te fera peut-être rien.
J'ai été sincère avec toi. Parce-que je crois que si tout repose sur des mensonges, alors il n'y a rien.
On me dira sûrement que j'exagère, comme toujours. Et peut-être qu'avec le temps, tout s'effacera, peut-être que quelqu'un, peut-être même toi, saura trouver les mots pour me convaincre que tu avais raison et qu'il faut tourner la page.
J'ai oublié la moitié de ma vie parce-que je l'ai voulu, mais ces choses là, je peux le vouloir autant que je veux, je ne les oublie pas.
Je détourne les yeux de l'écran, je publie, et je m'en vais.
Je reviendrais plus tard, en espérant ne pas avoir à te parler, en espérant que quelqu'un d'autre sera là.
Je reviendrais plus tard, parce-que je ne veux pas qu'on me voit pleurer.
Manon...
Elle est assise dans un coin, les yeux fermés. Derrière, dansent des couleurs décousues, des images incohérentes. Une musique étrange, loin, très loin, qui l'attire et l'entraîne dans un long couloir de lumière sombre. Au fond, une silhouette immobile dont elle ne se rapproche jamais même en courant. Un sourire énigmatique sur ses lèvres, et des yeux comme une fenêtre sur la nuit.
On implore pas la pitié du soleil...
